• Point sur le recyclage des briques alimentaires Tetra Pak

    17 novembre 2010 ; révision : 07 mars 2014, 10 h 45

    Point sur le recyclage des briques alimentaires Tetra Pak

    A quelques jours de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets et du Salon de l'Emballage, Tetra Pak dresse le bilan du recyclage de ses produits en France. Que deviennent ses célèbres briques alimentaires ? Les emballages en carton pour liquides alimentaires font depuis longtemps l'objet de déclarations sur leur non-recyclabilité. Pourtant, Tetra Pak soutient qu'il s'investit depuis plusieurs années pour développer fortement le recyclage de ses emballages fabriqués pour la France à 3,8 milliards d'exemplaires en 2012, dans son usine de Dijon[1].

    La brique alimentaire, un emballage difficile à recycler ?

    Selon Tetra Pak, ses briques alimentaires sont composées de : 75 % de carton en moyenne, produit à partir de bois, donc de matière renouvelable, qui provient pour l'Europe de forêts nordiques exploitées selon le label FSC[2] 20 à 23 % de PolyEthylène (PE), un plastique qui garantit l'étanchéité et fait fonction de colle entre les différents matériaux[3]. 4 ou 5 % d'aluminium (bauxite) qui fait barrière à l'air, aux odeurs et à la lumière, permettant ainsi de mieux conserver le produit alimentaire. d'un décor extérieur (pour illustrer et identifier le produit). Pour l'impression des décors de ses clients sur les emballages, Tetra Pak utilise des encres à l'eau. En 2009, 83 000 tonnes de briques ont été produites : une brique alimentaire pèse donc en moyenne 27 g (contre environ 450 g pour une bouteille en verre) dont 5,7 g de plastique et 1,3 g d'aluminium. Or, la présence de plastique et d'aluminium fait souvent dire que le recyclage de la brique reste difficile d'un point de vue technique. Tetra Pak nous précise qu'il "suffit de plonger et de brasser les emballages dans un grand bac d'eau froide pour que le carton se désolidarise du polyéthylène et de l'aluminium. Cette première opération de recyclage est réalisée chez des papetiers, dans un pulpeur. La pulpe de carton est récupérée d'un côté pour fabriquer, entre autres, du papier toilette, de l'essuie-tout, ou encore des cartes en carton recyclé, utilisées comme support de communication. De l'autre, le polyéthylène-aluminium (PE-alu) est récupéré et transformé pour fabriquer divers objets comme du mobilier de jardin ou des piquets de vigne." En France, le tri sélectif aura permis de récupérer 36 000 tonnes d'emballages en 2009, soit 43% du gisement global d'emballages mis sur le marché. Le reste est mis en décharge ou incinéré. A comparer avec le taux de recyclage du verre qui est de 63 % sur la même année[4]. Conscient de cette lacune, Tetra Pak s'était fixé pour objectif de recycler 50% de ses briques alimentaires en 2012, en vain, 45% des emballages carton ont été recyclés en 2013 : l'objectif de 50 % a donc été repoussé à 2015. Au niveau mondial, en 2013, le taux de recyclage de ces emballages carton a atteint 24,5%. Tetra Pak s'est fixé comme objectif de doubler ce taux et atteindre 40% d'ici 2020.

    La récupération du carton par les papetiers

    Aujourd'hui, trois papetiers situés en France, en Espagne et en Allemagne, récupèrent les emballages triés de Tetra Pak, puis séparent les matériaux dans des pulpeurs: Georgia Pacific situé à Louviers dans l'Eure reçoit 6 000 tonnes d'emballages Stora Enso, situé à Barcelone (Espagne), reçoit 20 000 tonnes PNM, situé à Aix la Chapelle (Allemagne), reçoit 10 000 tonnes Grâce au recyclage de ces 36 000 tonnes d'emballages, les papetiers ont récupéré, en 2009, 25 000 tonnes de pulpe de carton, à partir des briques alimentaires. Cela aura permis de fabriquer divers produits en papier recyclé comme de l'essuie-tout, des boîtes à oeufs, des sacs à papier ou du papier toilette. Depuis 2011, un nouvel acteur a son entrée dans le paysage du recyclage des briques alimentaires : Lucart Group, papetier italien, spécialiste des produits à base de papier recyclé. Son nouveau site de Laval-sur-Vologne (France) permet de récupérer 10 000 tonnes auparavant traitées par le papetier PNM à Aix la Chapelle (Allemagne). Essuie-tout, papier toilette et mouchoirs sont issus exclusivement du recyclage du carton provenant des briques alimentaires.

    Que faire du plastique-aluminium (PE-alu) des emballages pour liquides alimentaires ?

    En France, les 36 000 tonnes de briques collectées et triées contiennent 9 000 tonnes de PE-alu : des matières plus compliquées à extraire et à recycler. En effet, selon Tetra pak, "une fois le carton des emballages récupéré chez les papetiers, la matière plastique / aluminium est toujours jusqu'à maintenant partiellement mise en décharge". Pour pallier cette lacune environnementale, Tetra Pak s'est rapproché de la PME Traidib, un laboratoire de recherche situé près de Nevers. Au regard de sa recyclabilité, le couple matière plastique / aluminium possède quelques propriétés : "matière stable, inerte, donc de qualité constante, le mélange est très résistant grâce à l'aluminium, ignifuge", indique Tetra Pak. Après deux ans de recherche, Traidib a réussi à transformer la matière refusée par les pulpeurs en matière secondaire. Depuis 2006, Traidib fabrique ainsi différents objets à base de PE-alu : piquet de vigne (80% de son chiffre d'affaire) et mobilier de jardin (tables et chaises) notamment à destination des collectivités locales. Malheureusement, la totalité des 9000 tonnes annuelles de plastique / aluminium ne peut prétendre à devenir des piquets et du mobilier de jardin. C'est pourquoi, Tetra Pak note que Stora Enso Barcelone, qui recycle plus de la moitié de la collecte française des emballages carton pour liquides alimentaires en 2009-2010, a récemment décidé d'investir dans un nouveau procédé : la gazéification. "Le principe consiste à faire chauffer le plastique-aluminium suffisamment pour faire évaporer le plastique. La chaleur émise par ce processus est récupérée pour chauffer la papeterie, pendant que l'aluminium est recueilli intact. Il sera ensuite revendu à l'industrie." Cela ressemble quelque peu à de l'incinération avec un système de cogénération pour récupérer la chaleur produite, sauf que l'aluminium est ici conservé. Rappelons que l'aluminium se recycle très bien et pratiquement indéfiniment.

    Le recyclage complet des briques alimentaires : un pari tenu ?

    Si Tetra Pak affirme que la totalité des matières entrant dans la composition de ses briques alimentaires peut être recyclée, force est de constater que les filières ne sont pas encore bien mûres et soulèvent de nombreuses interrogations. En effet, Tetra Pak considère que ses emballages "font depuis longtemps l'objet de déclarations infondées sur leur non-recyclabilité" : des critiques qui ne sont sans doute pas exemptes d'un fond de vérité. L'aluminium et le plastique semblent encore poser problème au fabricant : comme en témoigne la pseudo-solution de gazéification. Recycler, ce n'est pas incinérer ! En effet, il faudrait considérer les émissions toxiques qui en résultent. De plus, l'aluminium et le pastique, bien que largement répandus dans les biens de consommation courants, ne sont pas des matériaux écologiques : au-delà de leur potentiel en tant que déchets, ils sont produits selon des processus particulièrement polluants, risqués et énergivores, la catastrophe récente des boues rouges en Hongrie en est un exemple. C'est pourquoi Tetra Pak ambitionne de "développer un emballage entièrement renouvelable à long terme" selon ses déclarations. A ce titre, Tetra pak a doté, en 2013, plus d'un milliard de ses emballages d'un bouchon en polyéthylène haute densité (PEHD) fabriqué à partir de canne à sucre. Preuve que la composition actuelle de ses briques alimentaires n'est pas satisfaisante. Pour le moment, le meilleur emballage pour l'environnement est sans conteste celui que l'on produit en quantité raisonnable et qui est réutilisable à l'infini, sans recyclage. Tout produit à usage unique (et  donc jetable) reste un non-sens en écologie. Seul le verre mis en consigne et/ou réutilisé répond à cet impératif... Malheureusement la France n'a pas jugé rentable cette solution qui pénalise les industriels produisant des emballages : elle fut abandonnée au début des années 1990 alors que l'Allemagne votait en 1991 un décret annonçant un renforcement de celle-ci...

     Source http://www.notre-planete.info/actualites/2591-recyclage_briques_alimentaires

    La vérité sur l'impact environnemental des emballages


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